Le Capitaine « au-mur »

Jean-Baptiste Clément
Paris, 1872. Au citoyen J. Allemane*.

Le Capitaine «  au-mur  » 

Refrain :
Au mur, disait le capitaine
La bouche pleine et buvant dur
Au mur !
Qu’avez-vous fait ?

Pardon, mon brave, 
Vous avez faim, vous déjeunez, 
Vous ne voulez pas être esclave 
Ni conduit par le bout du nez. 
Tout ça, c’est bien, et c’est d’un homme  ! 
Mais si l’on m’occit, mon ami, 
Dès lors que nous pensons tout comme. 
Vous devez l’être aussi. 
Comprends-tu ma logique  ? 
Vive la République  ! 

Refrain

Je suis des vôtres
Je suis vicaire à Saint-Bernard
J’ai dû pour échapper aux autres
Rester huit jours dans un placard
Qu’avez-vous fait ?
Oh ! Pas grand-chose
De la misère et des enfants
Il est temps que je me repose
J’ai soixante-dix ans
Allons-y tout de suite
Et fusillez-moi vite

Refrain

Voici la liste
Avec les noms de cent coquins
Femmes et enfants de communistes
Fusillez-moi tous ces gredins.
Qu’avez-vous fait ?
Je suis la veuve d’un officier
Mort au Bourget
Et, tenez, en voici la preuve
Regardez s’il vous plaît.
Oh ! Moi je porte encore
Mon brassard tricolore

Refrain

Quatre blessures
Six campagnes et deux congés
Je leur en ai fait voir de dures
Je suis Lorrain, ils sont vengés
Moi, j’étais dans une ambulance
Les femmes ne se battent pas
Et j’ai soigné sans différence
Fédérés et soldats
Moi, je m’appelle Auguste
Et j’ai treize ans tout juste

Refrain

Oh ! Je suis morte
Un soldat sans doute enivré
A tué mon père à la porte
Et mon crime est d’avoir pleuré
Qu’avez-vous fait ?
Sale charogne
Fais-moi vite trouer la peau
Car j’en ai fait de la besogne
Avec mon chassepot
Et d’un, tu vois ma lune
Et deux, vive la Commune !

Refrain

* Jean Allemane, né le 25 août 1843 à Boucou-Sauveterre-de-Comminges (Haute-Garonne), mort le 6 juin 1935  ; typographe  ; républicain sous l’Empire, communard déporté à la Nouvelle-Calédonie ; militant ouvrier, membre de différentes formations politiques socialistes révolutionnaires, son nom fût associé à une tendance du mouvement ouvrier français fédéraliste et adepte de la grève générale. (source Le Maitron)